IA et services d’influence politique made in France
Dans un rapport d’analyse des mésusages de ses services d’Intelligence Artificielle (IA), Countering misuse of AI: September 2026, Anthropic présente plusieurs cas de manipulation de l’opinion à travers ses outils et artéfacts.
Propagande automatisée, livrée clés en main
La maison mère de Claude a notamment démantelé un outil créé en France par une agence de publicité numérique, LKM Company, dont la vocation était de pousser de manière artificielle des contenus politiques au plus offrant.
La machine était bien rodée : l’entreprise produisait de faux sites aux allures de journaux indépendants, qui publiaient des articles à foison, relayés par des comptes Twitter/X et eux même soutenus par d’autres faux comptes.
Petit suivi des KPI du business model : une performance mitigée
En 10 semaines, l’agence avait créé 70 sites web, chacun relayé par un compte X/Twitter, ainsi qu’un réseau de 250 comptes « commentateurs ». Ces sites hébergeaient plus de 8 900 articles publiés en une vingtaine de langues, ciblant plusieurs pays et promouvant différents courants politiques. Ce dispositif constituait ainsi un véritable modèle économique d’“influence-as-a-service”.
Toutefois, la portée de ces contenus a été limitée par l’arrêt précoce de l’outil. Anthropic a donc estimé la “Break Out Scale” de la Brookings Institution à 2 sur 6, c’est à dire une propagation réduite à un écosystème interne sans réels relais externes et multiplateforme.
Si je trouve le processus quantitatif et Social Media simple, je dois reconnaître que la méthode de manipulation déployée est révélatrice de notre gestion contemporaine de l’information.
Le rapport d’Anthropic souligne en effet que les articles n’étaient pas créés ex-nihilo. Ils étaient inspirés de faits réels relatés dans la presse mais déformés. L’agence a tout bonnement modifié le parti pris des articles sourcés, voire rajouté des angles politiques lorsqu’il n’y en avait aucun. Plus intéressant encore, Anthropic décrit des cas de transfert de récits d’un pays à un autre.
Biaiser l’information est chose courante, il suffit d’observer le taux de désinformation climatique ambiant. L’enjeu réside ici dans les échelles atteintes, tant en rapidité de création qu’en quantité de comptes et contenus.
Post-vérité et uncanny valley
Dans ce contexte de multiplication des contenus générés par IA , je me questionne sur ma capacité à discerner le réel de l’artificiel. Ma méthodologie de recherche et de vérification des sources dans un environnement aussi opaque et multicanal a ses limites.
Je peux encore parfois avoir une certaine réaction viscérale qui me pousse à vérifier l’authenticité de ce à quoi l’algorithme me confronte. J’apprends à renforcer ce ressenti d’inconfort, de gêne face à une vérité trop pure, une imitation humaine trop lisse. Me voici donc en pleine randonnée dans une étrange vallée.
Je me demande quand ce sentiment s’estompera et comment la frontière de ma réalité s’effondrera sous l’effet d’artefacts et d’agents. Y aura-t-il un garde-fou ? Ou bien la folie nous gardera-t-elle ?
IA en campagne, législateurs en réunion
Si des personnalités à travers l’échiquier politique français appellent à une règlementation des usages de l’IA, leur vision et leurs propositions restent peu systémiques, souvent cantonnées aux phénomènes facilement identifiables comme les deepfake et les fakenews. Les législatives 2026 ont été un laboratoire pour comprendre les possibles usages pour les prochaines présidentielles. Le sénateur Claude Malhuret a justement soulevé ce point dans une question d’actualité au gouvernement en juillet 2026. La réponse du premier ministre, Sébastien Lecornu, souligne l’existence de procédures pour répondre aux enjeux mais reconnaît un besoin d’accélération de la régulation au niveau européen et le renforcement d’un arsenal français pour le moment “incomplet”.
L’AI Act européen est une première pierre à l’édifice, renforçant le devoir de transparence et identifiant les risques systémiques potentiels de cette technologie. Cependant aucun projet de loi national, autonome et exhaustif ne semble faire surface sur ce sujet pourtant critique pour notre démocratie.